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2014, Année durable et El Dorado bleu ?

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  • mauritius
16Sep

Le monde change, évolue, et nous avons sans cesse à faire face à de nouveaux défis. Il est clair que notre réussite, en tant que petit état insulaire, dépendra de notre capacité non seulement à nous adapter au changement, mais aussi à savoir l’anticiper et s’y préparer. Je pense en effet que nous sommes à l’aube d’un nouveau cycle économique mondial qui nous demandera d’être innovants et qui nécessitera une réflexion et une refonte en profondeur de notre système de production.

Historiquement, à Maurice, nous avons longtemps fondé notre économie sur la monoculture de la canne à sucre (secteur primaire), pour ensuite effectuer une transition en douceur vers le textile (secteur secondaire), avant de miser sur le tourisme, le secteur financier et l’immobilier (secteur tertiaire). Cependant, si on regarde l’année 2013, on a l’impression qu’il s’agit d’une année de transition : l’immobilier semble montrer actuellement des signes d’essoufflement suite à la fin des grands chantiers et des difficultés financières que certains projets IRS semblent ressentir, et cela risque d’avoir des conséquences sociales négatives avec un effet domino sur le pays tout entier.

Le discours du budget 2014 qui définit la politique économique du pays vient confirmer qu’il est nécessaire de créer cette nouvelle vague de prospérité dans un contexte général plutôt morose même pour les pays émergents comme le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud (BRICS). C’est ainsi que certains secteurs ont été mis en avant par les autorités : ceux liés à la connectivité de notre pays à travers les infrastructures portuaires et aéroportuaires, le transport, les utilités publiques incluant l’approvisionnement en eau potable. Cependant, la stratégie économique gouvernementale telle qu’elle a été affichée s’oriente également vers le développement de l’économie bleue et l’économie verte. Ces deux concepts demeurent, selon moi, des projets phares qui nous permettront de surfer sur la nouvelle vague économique et de changer notre société.

L’Économie Verte

L’économie verte, même si elle n’a été que brièvement mentionnée dans le discours du budget, semble avoir perdu de la vigueur dans notre pays, après quelques années de « Maurice Ile Durable ». Il faut en effet se rappeler que ce concept qui a été mis en avant depuis 2008 ne semble pas avoir conquis une population qui est soit désintéressée, soit qui ne comprend pas les tenants et les aboutissants.

La stratégie verte demande en fait non seulement la mise en place de programmes et de déclarations d’intentions, mais aussi des actions pour prouver la véracité de ces faits, et ainsi l’engagement total des autorités pour soutenir ce concept novateur, car novateur il l’est ! Maurice Ile Durable ouvre en effet la porte à de nouveaux horizons sans limites : énergies nouvelles, moyens de transport écologiques, protection de la biodiversité terrestre et marine, éveil de nouvelles consciences. Alors pourquoi ce manque d’entrain ?

Le potentiel semble tellement vaste que certains se demandent si l’économie verte n’est pas une utopie, si elle ne se limite pas aux chauffe-eau solaires ou à quelques projets énergétiques, et certaines décisions ou affirmations officielles concernant de nouvelles centrales utilisant des combustibles fossiles semblent avoir sapé le moral des plus convaincus.

Mais il faut voir au-delà, car l’humanité, encore une fois, est à la recherche d’une nouvelle impulsion après la découverte successive du charbon qui a permis la révolution industrielle, puis du pétrole qui sont toutes les deux des sources d’énergie concentrées, fossiles respectivement des forêts et des océans d’il y a plusieurs centaines de millions d’années.

En effet, les impacts du changement climatique nous posent des défis sans précédent qui affectent déjà aujourd’hui non seulement les humains, mais système économique lui-même : le relèvement du niveau de la mer menace le secteur touristique à travers l’érosion, les pluies torrentielles ont des conséquences non seulement sur les vies humaines, mais aussi sur la circulation des biens et des personnes, les sécheresses bloquent la production et diminuent la qualité de vie, les nouvelles maladies comme le Chikungunya font fuir les touristes, …

L’économie verte, si elle est développée à bon escient, avec les bonnes ressources humaines, permettra non seulement d’augmenter notre résilience face aux conséquences du changement climatique, mais aussi de développer une nouvelle façon de concevoir le développement, différemment, tout en contribuant à la protection de notre planète et en donnant leur juste place aux générations futures.

L’Économie Bleue

Après avoir conquis les terres, l’humanité semble maintenant se diriger vers les océans qui représentent actuellement le dernier rempart, la dernière ressource qu’on avait négligée, et qui prend aujourd’hui une importance stratégique majeure : la Chine, le Japon et la Corée du Nord se battent actuellement pour quelques rochers situés en Mer de Chine, les îles Senkaku. Notre république n’est pas en reste, avec l’annonce du concept d’Etat Océan, la redéfinition et l’extension de notre Zone Économique Exclusive, la longue bataille légale pour regagner notre souveraineté sur les Chagos afin de sécuriser 2,4 millions de kilomètres carrés d’océans. Ce qui intéresse aujourd’hui les États, ce ne sont pas ces petites îles, mais plutôt la vaste étendue d’océan qui y est rattachée, la fameuse Zone Économique Exclusive avec les droits qui y sont rattachés.

Cette démarche est directement liée à l’énorme potentiel économique que représentent les océans, avec ses ressources minérales, énergétiques, halieutiques (poissons), pétrolières, le potentiel biotechnologique, le transport maritime, et tant d’autres secteurs que nous n’avons même pas encore découverts : c’est ce qu’on peut appeler l’El Dorado bleu. Certains s’y préparent, alors que d’autres hésitent et campent sur leurs positions, mais l’avenir appartient à ceux qui se lancent, qui savent mettre les moyens pour définir une stratégie de développement durable.

L’importance de ce dernier terme vient nous rappeler que l’humanité a fait des erreurs, qu’à Maurice nous avons presque épuisé nos terres, que nos forêts ont été détruites, que les rivières ont été asséchées ou empoisonnées, que les sols sont dégradés, érodés ou bétonnés et que l’air devient peu à peu irrespirable. Les océans, pourtant, sont eux-aussi déjà menacés : 30% des stocks de poissons pélagiques ont déjà disparu, un tiers des stocks sont menacés à court terme et le dernier tiers risque de disparaître d’ici 2049 au risque de menacer jusqu’à notre propre existence. Alors saurons-nous innover, voir les choses différemment, ne pas exploiter et épuiser, mais utiliser de façon durable et modérée les dernières ressources de notre planète : nos océans ?

Mais le choix dépend de nous, de la façon dont nous ferons les choses : violerons nous les mers, ou nous attacherons nous à les connaître et les utiliser de façon durable et respectueuse en pensant aux générations futures ? L’approche que nous devrons adopter sera cruciale : il est impératif aujourd’hui de ne pas répéter les erreurs du passé, de faire des recherches scientifiques pour connaître, de créer des aires marines protégées, de faire une planification stratégique, de dégager les opportunités.

Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons créer les bases d’une « Ile Maurice Bleue » durable, sans précipitation, mais avec fermeté et détermination, en nous basant sur des données scientifiques claires et sans équivoque.

Les défis pour 2014

2014 se présente comme une année de nouveaux défis, de bouleversements, avec un contexte économique global qui semble vouloir s’éclaircir, mais je pense que le monde ne sera jamais comme avant, et que de nouveaux secteurs émergeront et transformeront notre économie et notre société.

Nous sommes une nation d’immigrés, de personnes qui à la base ont su prendre leur courage à deux mains il y a plusieurs siècles de cela, pour quitter les conditions difficiles de leur terre natale, prendre un bateau, avec tous les risques que cela comportait, pour partir au loin sur une île perdue dans l’océan indien afin d’y construire un avenir nouveau. Je pense ainsi sincèrement que nous avons dans notre sang les gènes de l’aventure et du renouveau et que nous saurons ainsi nous lancer et faire les bons choix en innovant et en utilisant notre potentiel humain adéquatement.

Je suis confiant sur notre avenir, car certains en ont déjà compris les enjeux et ils se préparent déjà à embarquer sur le prochain bateau qui les emmènera vers de nouveaux horizons…

Auteur: Vassen Kauppaymuthoo, Océanographe et Ingénieur en Environnement

 

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